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mardi 18 avril 2017

Les rats éprouvent-ils des douleurs lors d'une intoxication fatale aux anticoagulants ?

Cette question, et sa réponse, sont en jeu dans le bien-fondé de la pétition de Mme Benchetrit "Stoppez le génocide des rats", qui fait l'objet d'un précédent article de ce blog.

Commençons par préciser que les rats sont bien plus hémophiles que d'autres mammifères et que l'action des anticoagulants sur leur organisme n'est pas la même que sur des chiens ou des humains.

Poursuivons en exposant un trait comportemental des rats bien connu par ceux qui ont à faire avec eux (les dératiseurs, comme ceux qui en élèvent pour l'agrément ou le laboratoire) : une souffrance physique ou "psychologique" est toujours accompagnée de cris, dont l'intensité est liée à celle de la douleur ressentie (de petits gémissements à des cris suraigus).

Ce fait est manifeste lors de brèves luttes entre dominants et dominés (accès refusé à la nourriture, à une femelle en œstrus...), lors d'une capture dans un piège-nasse ou lors d'un pincement sévère, et non mortel, dans une tapette.

De mon expérience de dératiseur, confirmée par les clients que je rencontre lors de mes formations ou lors de salons professionnels, les rats empoisonnés aux anticoagulants (ou AVe) s'affaiblissent progressivement, se déplacent de plus en plus en plus lentement, s'alimentent de moins en moins, mais ne présentent aucun signe de souffrance autre que celui lié à un état de fatigue intense. En tout cas, il n'y aucun signe de douleur.

Or, voici l’explication scientifique de l'intoxication par le Docteur Romain Lasseur, d'IZIPEST:

"Les Ave après s’être fixés dans le foie inhibent le recyclage de la vitamine K1 nécessaire à la bonne coagulation du sang. Néanmoins, l’individu (mammifère, oiseaux) dispose d’environ 4 jours de stock de vitamine K1 dans l’organisme. L’individu ne recyclant plus la vitamine K1 vit sur son stock pendant 4 jours.

Après 4 jours, la vitamine K1 venant à manquer (les apports extérieurs par la nourriture ne suffisent pas), la coagulation du sang (nécessaire au maintien de son état semi-solide semi-liquide) dysfonctionne, et le sang devient plus liquide et commence à sortir des vaisseaux pour aller remplir la cavité intra-péritonéale. L’organisme devant faire face à cette perte de volume sanguin, il rapatrie le sang périphérique pour soutenir les fonctions vitales (cœur cerveau poumon) et c’est donc au cinquième jour que les muqueuses se décolorent. Ensuite, l’animal ne pouvant plus faire face à cette hémorragie, il se met en veille (coma) avant de succomber.

L’animal meurt alors qu’il est dans le coma. Malgré un état de mal-être de l’animal avant d’entrer dans le coma, il n’y a aucun signe de souffrance de l’animal."

Il n'est donc pas question d'hématome cérébral et des douleurs et pertes d'équilibre qui l'accompagnent chez les hommes,  puisque le sang descend dans la cavité intrapéritonéale qui entoure les viscères des rats. Que ce phénomène s'étale sur 4 ou 8 jours ne change rien au ressenti des rats.

Quant au coma, il est tout sauf douloureux. Je sais de quoi je parle, les médecins m'y ont plongé 5 jours pour m'éviter de trop souffrir après mon accident de moto.

En résumé, l'empoisonnement aux anticoagulants ne provoque pas de douleurs chez les rats et personne ne peut qualifier de souffrance leur état de fatigue croissant jusqu'au coma et la mort.

Je reprendrai ces éléments dans un prochain article pour Le Supplément Mensuel Technique de la Dépêche Vétérinaire, le magazine à comité de lecture pour lequel j'écris une série d'articles sur la biologie et l'éthologie des murinés.


Pierre Falgayrac
www.hyform.fr

jeudi 9 mars 2017

Grippe aviaire : prenons-nous le problème par le bon bout ?




Wikipédia nous dit : La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par trois virus à ARN de la famille des Orthomyxoviridae ( Myxovirus influenza A, B et C), touchant les oiseaux et certains  mammifères dont le  porc, le phoque et l'être humain.
L’influenza aviaire H5N8 provoque les dégâts que l’on sait dans les élevages de volailles du sud-ouest, tandis que le virus est également identifié dans la faune sauvage un peu partout en France.
Une recherche sur les communications scientifiques asiatiques fait apparaître des éléments totalement ignorés par le législateur français et ses experts, et les journalistes qui évoquent la situation.

Il s’agit, pour commencer, d’un article de 2009 intitulé « Fears of bird-to-rodent H5N1 relay » et écrit par Terry Mabett, en ligne ici : http://www.wattagnet.com/articles/559-web-exclusive-fears-of-bird-to-rodent-h5n1-relay

On y lit : « Des scientifiques gouvernementaux ont inspecté les fermes infectées et signalé des filets et des revêtements suffisants pour exclure les grands oiseaux migrateurs, mais pas les petits rongeurs comme les rats et les souris. Dans trois fermes, des dizaines de poulets morts se trouvaient dans les zones les plus éloignées des entrées de la coopérative, suggérant que les oiseaux sauvages n'étaient pas la source directe d'infection.

(…) Le professeur Toshihiro Ito, de l'Université Tottori, a déclaré au journal national Ashi Shimbun: « Il est possible que de petits rongeurs comme les rats emmènent le virus dans les poulaillers».

(…) Les rats et les oiseaux se mélangent librement autour des étangs, des lacs, des rivières et des réservoirs agricoles. 
(…) Des recherches en laboratoire montrent que les virus H5N1 sont pathogènes pour les souris. Un isolat H5N1 de l'épidémie de Hong Kong de 1997 a montré des titres élevés de virus dans les poumons de souris infectées et a tué tous ceux inoculés. Les isolats de poulet de H5N1 se reproduisent à des titres plus élevés chez les rats que les souches de virus H5N1 provenant d'autres sources.

L’autre article, d’Andrew R. Dalby et Munir Iqbal, est « The European and Japanese outbreaks of H5N8 derive from a single source population providing evidence for the dispersal along the long distance bird migratory flyways », publié en 2015 ici : https://peerj.com/articles/934/.

 

Il y est rappelé que « des études ont montré qu'il (le virus) peut être transmis à des furets et des souris, et des anticorps ont été détectés chez les chiens domestiques (Kim et al., 2014 ). »

 

Après avoir indiqué que la source originelle de contamination est probablement unique (et sibérienne), les auteurs soulignent :

 -     « la plupart des cas récents se produisent près de la côte et dans les zones où il y a des lacs et des sites connus pour leur faune sauvage et les oiseaux migrateurs ;

-          la Dispersion du virus par des voies de migration exige toujours qu’il y ait une infection relais pour que le virus de se propage sur de très longues distances migratoires (…) de sorte qu'il se propage parmi les oiseaux sensibles aux points de haltes migratoires, afin de fournir la prochaine étape dans la transmission. Ceci est observé avec la présence d'un nombre croissant de cas aux points d'arrêt, tels qu’au Pays-Bas. » 

Et suggèrent :

-           « (une) surveillance environnementale des échantillons de matières fécales dans les zones où les oiseaux migrateurs se rassemblent. »

 

Par ailleurs, on ne compte plus les cas d’élevages qui enchaînent abattages/ désinfection/ abattages / désinfection.

 

Comment se fait-il que le législateur qui, au nom du sacro-saint principe de précaution, impose des zones  de « protection » de 3 et 10 km (sans tenir compte des reliefs et vents dominants), et des procédures d’abattages ubuesques (transports des volailles à abattre), n’ait toujours pas imposé :

-          une recherche de la présence du virus sur la faune fréquentant les point d’eaux où se posent les oiseaux migrateurs ;

-          la dératisation des élevages condamnés à l’abattage leurs pensionnaires ?

 

Faut-il rappeler comment a été découvert le mode de transmission de la peste ? En 1898, Paul Louis Simon, médecin militaire, place un rat sain dans une cage ou venait de mourir un rat pesteux. Le rat sain contracte la maladie alors qu’il n’avait pas été en contact avec son prédécesseur. P. L. Simon s’intéresse alors aux puces présentes dans la cage et découvre que ce sont elles le réservoir de la bactérie (alors qu’à cette époque la communauté scientifique doutait que les insectes puissent être vecteurs de maladies…). Cet exemple montre que les explications, et donc les solutions, ne se trouvent pas toujours là où règne la pensée unique (l'abattage des volailles et des oiseaux sauvages, par exemple).

 

L’impasse faite sur les souris et rats qui infestent bien des élevages contaminés par l’influenza est coupable.

Les études démontrant leur sensibilité au virus établissent le risque de contamination d’un local d’élevage. Il convient donc d’intégrer des opérations de dératisation aux process de décontamination des élevages infectés.


Des désinfections sans véritable dépeuplement préalable n’ont pas de sens, si ce n’est celui d’une gabegie...

 

Pierre Falgayrac


lundi 9 janvier 2017

A propos de la pétition "« Stoppez le génocide des rats "



Le contexte : pour la première fois de son histoire, la mairie de Paris a communiqué sur une campagne de dératisation des parcs et jardins de la ville.
Les maladresses de cette communication ont été exploitées par des personnes peut-être bien intentionnées, mais aux arrières pensées étranges (politiques ?)…

Le point d’orgue a été la pétition de Mme Josette Benchettrit, intitulée « Stoppez le génocide des rats », en ligne sur le site www.mesopinions.com/

Les propos que tient cette dame sur les antennes de RMC témoignent de sa méconnaissance totale du sujet, tout comme les journalistes qui l’interrogent. Or, le monde entier en parle !  http://podcast.rmc.fr/channel48/20161218_animaux_1.mp3 – aller à la minute 27

Mme Benchettrit dit que :

-          « La mairie de Paris veut exterminer les rats, c’est un véritable génocide » : faux. Seuls les rats des parcs et jardins étaient visés par la campagne de dératisation. Or, 75 à 80% des rats parisiens nichent dans les égouts.
Comme il y a des rats qui nichent en surface ailleurs que dans les parcs et jardins (espaces verts non clos, squats, friches urbaines…), le plan d’action de la mairie de Paris s’attaquait au mieux à 10% des rats parisiens.
Peu de rats étaient visés, il ne s’agit donc pas d’un « génocide ».

-           « Le poison utilisé provoque de terribles douleurs aux rats » : c’est faux. L’empoisonnement aux anticoagulants est indolore : les rats sont progressivement affaiblis par de petites hémorragies internes, et le plus souvent meurent dans leur sommeil, dans leur terrier. Ce type d’empoisonnement respecte le bien être de l’animal ; d’ailleurs, les humains traités aux anticoagulants pour leur santé peuvent témoigner qu’ils ne souffrent pas, même en cas de surdosages.
Il ne s’agit donc pas d’une méthode cruelle pour les rats.

-          « Les rats consomment 9kg de déchets par minute » : c’est faux. C’est ce qu’ils consomment en une vie, qui dure un an, puisqu’ils mangent l’équivalent de 10% de leur poids par jour, soit 25g en moyenne ;

-          « Cela représente 500 kg / jour, que les égoutiers et éboueurs n’ont pas à manipuler » : c’est faux. Les + ou – 3,8 millions de rats parisiens (il y a 1,75 rats/ habitant en cœur de ville) consomment +ou- 9 tonnes/jour. Mais il est vrai que c’est toujours ça de moins à traiter par les services de nettoiement ;

-          « Les rats sont prisonniers des égouts », au motif que « dés qu’ils en sortent on cherche à les tuer » : c’est faux. Ils y font leurs terriers, à l’abri des prédateurs, ils y boivent, mais depuis toujours ils en sortent tous les jours pour manger en surface, car il y a très peu à manger dans les égouts. Cette dame n’est manifestement jamais entrée dans un égout. Moi, si. Plusieurs fois, pour étudier le comportement des rats justement. Et j’ai fait quantité de photos qui prouvent qu’il n’y a quasiment rien à y manger.

  « Heureusement ils sont là, dans les égouts ; car sinon nos toilettes seraient bouchées » : dit comme ça, c’est faux. D’abord, il n’y a quasiment plus de toilettes raccordées directement à un égout, ensuite, oui, en circulant entre les grilles d’avaloirs ils évitent qu’elles se colmatent mais surtout, en creusant leurs terriers dans le limon des grands avaloirs, ils en affaiblissent la structure, ce qui permet leur lessivage lors de forts épisodes orageux.

A noter par ailleurs que les différents reportages filmés ont montré qu’il y avait davantage d’appâts partiellement consommés que d’appâts totalement consommés.
Ces blocs d’appâts fixés dans les boites pèsent de 40 à 80 g, ils correspondent donc à 2 à 4 repas, nombre nécessaire pour que suffisamment d’anticoagulant s’accumule dans le foie. Or, plusieurs rats ont consommé tout ou partie de ses appâts, diminuant d’autant l’absorption de poison par individu. En conséquence, la résistance des rats aux anticoagulants a été renforcée, puisqu’elle découle de la consommation régulière de doses non létales !
Comme génocide, c’est loupé !

La pétition de Mme Benchettrit, pour « sauver les rats de Paris d’un génocide douloureux »  est totalement infondée et irresponsable. Et ceux qui l’ont signé ne savent même pas de quoi il retourne.

Il s’agit d’un magnifique exemple d’un buzz totalement artificiel et creux, donc
une démonstration de la facilité avec laquelle il est possible de manipuler l’opinion et se faire de la publicité… 

Pierre Falgayrac
www.hyform.fr

mercredi 14 décembre 2016

La dératisation des prisons et la lutte contre les blattes et les punaises des lits

Je précise d’emblée que je connais très bien le milieu carcéral pour avoir dispensé plus de 1.000 heures de formation, sur 2 ans, à des détenus d’un grand centre pénitentiaire du sud de la France. J’ai donc largement eu le temps d’étudier les problèmes qui font aujourd’hui l’actualité.

1/ La dératisation

Les rats prospèrent là où il y à manger, boire et de quoi nidifier. Les déchets comestibles jetés en permanence par les détenus, depuis les fenêtres de leurs cellules, sont évidemment la première chose à considérer : il faudrait idéalement les nettoyer chaque jour avant le coucher du soleil, moment où les rats sortent pour manger. Or, ce sont quelques « punis » qui de temps à autre nettoient les lieux, au rythme de la prison…
Le recours à un « professionnel » qui ne prendra pas à sa charge le nettoyage préalable des lieux infestés se résumera à la pose d’appâts au milieu de la nourriture saine ; autrement dit, une miction dans un violon... C’est l’histoire de l’île Henderson au sud de l’Australie : le déversement de 75 m3 de raticides pour se débarrasser du surmulot n’ont servit à rien, car les rats préféraient la nourriture saine, très abondante, aux appâts…
Comment faire ? C’est très simple.
  • Le prestataire doit intégrer dans son prix le coût du nettoyage des déchets, qui doit s’achever au coucher du soleil. Cela demandera, selon les endroits, de 5 à 15 personnes et de 5 à 10 gros containers ;
  • En suivant, répandre directement au sol, près des terriers, 50 à 60 kg de blocs hydrofuges à la difethialone ou brodifacoum, qui auront été préalablement largement arrosés de Viandox, pour en augmenter l’appétence ;
  • Le lendemain et le surlendemain, ramasser les cadavres de rats et les brûler en tas, au milieu de l’espace traité.
La quantité d’appâts (j’ai indiqué 50 à 60 kg car c’est ce qui conviendrait pour la prison que je connais bien) doit correspondre à deux repas par rats.
Pourquoi aromatiser les appâts au Viandox ? D’abord parce qu’il y aura toujours la concurrence alimentaire des déchets comestibles jetés après le coucher du soleil, ensuite, c’est le meilleur moyen de s’assurer une consommation totale des appâts (une dératisation réussie, c’est 90 à 95% des appâts consommés).
Après un tel traitement, il faudra 3 à 6 mois pour que les rats reviennent en nombre. Il est donc possible d’établir un planning annuel pour réguler leur taux d’infestation.


2/ La lutte contre les blattes

Là aussi c’est un problème simple : application de 10 à 15 gouttes de gel « blattes » dans chaque cellule, et dans tous les locaux concernés (dont ceux des surveillants). Pour les cuisines, c’est beaucoup plus, bien sûr : 150 à 200…. Bien que le but de cet article n’est pas d’expliquer comment faire, je précise que les gouttes doivent être de la taille d’une tête d’allumette et posées « là où ni les mains ni les yeux ne vont», autrement dit là où circulent et se cachent les blattes. Ce qui représente un temps de travail d’environ 5 à 7 minutes par cellule.


3/ La lutte contre les punaises des lits

Là aussi c’est facile, car il n’y a pas besoin d’insecticide, juste de temps et de patience ; choses dont disposent tous les détenus : ce seraient à eux de s’en occuper.
Les punaises se réfugient dans les moindres anfractuosités et espaces entre les éléments d’un lit. Une bonne vue et un éclairage correct sont nécessaires pour repérer les endroits où elles se trouvent et pondent. Pour donner une idée, c’est un travail de recherche méthodique, méticuleux, qui demande plus d’une heure à un professionnel qui traite une chambre d’hôtel. Les détenus pourraient fort bien en faire leur affaire puisque ce sont les premiers concernés.
La punaise se déplaçant lentement, il suffit de l’écraser avec un doigt, de la brûler avec une cigarette ou de l’ébouillanter avec de l’eau.
Bref, il leur faudrait une petite formation, ou l’administration pourrait éditer à leur intention un document avec des photos et très peu de texte, pour qu’ils comprennent comment procéder. Je suis à la disposition de l’administration pour ce faire.

Malheureusement, les traditions et l’ambiance très particulières de la prison rendent bien des choses simples impossibles à mettre en œuvre…

Pierre Falgayrac
www.hyform.fr

mercredi 21 septembre 2016

Dix-huit nouveaux virus de rats

 Article initialement écrit le 29 octobre 2014


L’American Society for Microbiology a publié un article qui fait un buzz mondial depuis quelques semaines. Il est ici : http://mbio.asm.org/content/5/5/e01933-14.abstract.
En résumé : L’utilisation de moyens à la pointe de la technique a permis d’identifier une quantité impressionnante d’agents pathogènes (dont l’Ebola, l’Hantavirus et plusieurs nouveaux virus) sur les rats new-yorkais. Il semblerait que les animaux de compagnie ayant été au contact des déjections de ces rats « surinfectés » aient contaminés leur maîtres avec l’hépatite C…
Les commentaires des milieux autorisés (monde médical essentiellement) fleurent bon un alarmisme de circonstance plus affectif qu’objectif, et une inculture désolante en matière
de rats... Détricotons le buzz :

- Pour commencer : Y-a-t-il lieu de s’affoler parce que l’on sait seulement aujourd’hui que les  rats sont porteurs de microbes horribles et très dangereux depuis toujours ?
- Ensuite : Si l’on faisait ce même genre d’investigation sur d’autres animaux commensaux de nos cités, ne pensez-vous pas que l’on découvrirait le même genre de microbes « effrayants » sur oiseaux, chiens et chats errants ?

- Et pour finir : ces dernières décennies, quelles zoonoses sont imputables aux rats d’égout ? aucune ! Voilà qui nous renvoi aux récentes psychoses dispendieuses de la grippe aviaire et de la grippe A…

Seule la leptospirose, qui se transmet par l’urine des rats d’égout et des ragondins, est connue pour infecter occasionnellement des personnes œuvrant dans un environnement infesté.
Je laisse au corps médical lucide le soin de désamorcer dans le détail ce buzz irrationnel pour revenir sur des propos qui concernent les rats eux-mêmes.

Sur le blog de Jacques Henry (http://www.contrepoints.org/2014/10/21/185288-rats-attention-danger) nous lisons : « (le rat) est le seul animal avec l’homme à s’entre-tuer sans raison apparente. « qui se ressemble s’assemble » comme on dit dans les chaumières. »
 Non, les rats se battent à mort (cannibalisme) seulement en cas de famine, et les survivants comptent bien davantage de femelles que de mâles afin d’assurer la pérennité de l’espèce. En dehors de ces situations de manque de nourriture, il n’y a jamais de lutte à mort entre
rats. Rien à voir avec les hommes !


Sur http://franceusamedia.com/2014/10/les-rats-new-yorkais-porteurs-de-virus-et-de-maladies-dangereuses/ nous lisons :
« Dans la plupart des grandes cités du monde, ces rongeurs prolifèrent près des populations. C’est d’ailleurs à Chicago et à Los Angeles que l’on trouve la plus forte densité
de ces animaux 
( et de renvoyer vers le lien d'une entreprise qui classe les villes américaines par le nombre de traitements "rats" effectués par elle...)"

Non, les rats ne « prolifèrent » pas. Leur population s’équilibre en fonction des ressources trophiques (possibilités de nidification et d’alimentation) de l’endroit où ils vivent. Mais il est vrai qu’ils vivent à proximité de l’homme, pour recycler ses déchets.

Sur http://finance.yahoo.com/news/york-citys-rats-carrying-viruses-130000460.html , nous lisons « Personne ne sait combien il y a de rats dans le métro de New York, mais Rick Ostfeld de l'Institut Cary d'études de l'écosystème à Millbrook, NY a déclaré à Bloomberg Businessweek « qu'il soupçonne qu'il y a autant de rats que il ya des gens dans la
ville » ».

Si, il y a moyen de savoir combien nos villes comptent de rats par habitant. Nous avons exposé une expérience de dénombrement de surmulots en ville dans notre livre « Des rats et des hommes » (Editions Hyform 2013), disponible ici. Ceci étant, Rick Ostfeld n’est pas inutilement alarmiste et son estimation diffère notablement de ce qu’on trouve habituellement sur le Web.

Sur  http://www.startribune.com/lifestyle/health/280364312.html, nous lisons « (que la difficulté à les piéger ) est due au fait que les rats de New York sont beaucoup rusés que les rats dans
d'autres villes
 ».

Ah bon. Les rats de New-York sont donc plus intelligents que ceux du reste du monde… C’est tellement « gros » qu’il y a juste à souligner qu’il n’y a rien qui ressemble plus à un rat de New-York ou de Paris, qu’un rat de Berlin ou de Tokyo.
Sur http://abc7.com/news/new-study-finds-rats-in-nyc-carry-18-new-viruses/352432/ nous lisons : « Voici le problème : les rats se multiplient très, très vite ; au cours d'une année, un couple peut produire plus de 100 enfants, et ainsi de suite, et ainsi de suite, et ainsi de suite. »

De l’art de balancer des chiffres qui ne veulent rien dire. Dans de bonnes conditions (nourriture abondante et peu de prédation), un couple de rats peut avoir jusqu’à 2.000 descendants en un an, voire 5.000 dans des conditions idéales (territoire illimité et zéro prédation). Au moins, l’imprécision de l’article n’est pas si alarmiste que ça.
Encore une fois, l’inculture de notre société en matière murine transpire dans ce buzz.

Pierre Falgayrac
www.hyform.fr